
Débandade
Débandade
De lent à rapide à lent
La course à pied détaille l’âge
Toi vieilli la course détale lâche
Tellement que te quitte l’allant de l’élan
Décennie après décennie
Le peloton de ta tranche d’âge rétrécit
Blessures ras-le-bol asthénie
Tes contemporains d’alopécie
Connus depuis ton adolescence
Jettent l’ancre par déliquescence
Certes certains sertis de passion
Rament rhumatisme oblige pour leur ration
D’autres affections aussi s’invitent
La forme est telle un pull troué des mites
Si le moteur pourrait aller vite
Les altérations ne sont plus des mythes
Dans les belles phases de forme
Par l’euphorie la vérité se déforme
Le corps se montre en drôle d’engin
La mise en exercice se fait grinçante
Il lutte contre cette phase avilissante
Ça passera à l’inverse de son cuir sauvagin
Trempé de sueur tu huiles la mécanique
Il faut parfois des heures, passer pour héroïque
Pour supporter ce qui semble inéluctable
Le mal qui pourtant s’évapore, juste incroyable
Il court alors radieux sur son petit nuage
Retombant de haut dans son engluage
Son problème qui l’empêche de courir vite
S’annonce sans crier gare à la va-vite
Au lieu de voler il râcle le sol
Et c’est peu dire que ça le désole
Il saisit pourquoi les copains se font rares
Concourir exige de la santé quelques arrhes
Les articulations s’articulent
En mode arctique à la une
Les résultats fluctuent dans l’improbable
Faut l’accepter car courir lui est attrayable
Bien sûr ça fait quand même mal
Le physique déglingué sape le mental
Il parle d’arrêter du jour au lendemain
Mais le je-ne-sais-quoi le repousse aux chemins
Du coup l’esprit vivifié galope
La santé sur les résultats est une varlope
Qu’à cela ne tienne il tient sa victoire
Le fait d’être là même si c’est que transitoire
Il active sa vie, il la réalise
Ça n’est d’aucun âge qu’il s’enlise
Autant souffrir en buvant sa vie
Que se morfondre trinquant de survie
Christian Fatton
Novembre 2025