
24 Heures d’Espoo-Finlande, 31 janvier et 1er février 2009.
Météo : quelques soleils et vents par-ci par là… enfin, des néons et de l’air conditionné soufflé par des turbines.
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Lieu : Esport Arena, complexe sportif de plusieurs bâtiments. Il faisait – 15 degrés dehors, 18 degrés à l’intérieur.
Piste en tartan jaune de 390 m et 103 coureurs dessus à tourner…et changer de tour tous les 6 h.
Mesurage : Puce pour mesurer les tours, ravitailleurs n’osant pas être sur le parcours ou courir à côté du coureur. Trop de monde déjà, dépassement difficile en raison du peloton bien fourni pour une piste si courte.
Tactique de course : ne pas dépasser les 11 km/h au départ, pour essayer d’atteindre 250 km !
Orthopédie : J’essaie de nouvelles semelles orthopédiques, j’ai la 826 de New-Balance, la même paire qu’à Séoul. Stand Ravitaillement : Comme j’ai de la peine à savoir où est mon stand de ravitaillement, je demande à Julia de pendre le drapeau suisse pour avoir un repère. Ainsi, je peux me préparer d’être à la corde pour me ravitailler.

J’ai les pieds qui touchent le bout des chaussures alors qu’à Séoul, cela allait. Je les fais couper après 5h de temps, je cours quelques tours avec une autre paire.
Je souffre de l’estomac, n’arrivant pas à digérer ou assimiler soit les gels soit la boisson hypothonique. A l’entraînement, cela passe pourtant… Après 7h, je ne sais pas si je vais pouvoir continuer longtemps. Je passe souvent par les toilettes.

Mon petit cousin Jean-François établi à Helsinki vient voir la course avec son épouse Kirsi et reste quelques 2 heures. Pas brillant de me montrer dans cet état. Aux 9 h de temps, je provoque de vomir. Cela sort durant 4 minutes. Ensuite, je retrouve la forme jusqu’aux 12 heures où je passe avec 128 km, soit 800 m de plus qu’à Séoul et selon mes souhaits, malgré les douleurs gastriques qui me font perdre du temps.

Jusqu’aux 14 h, je cours à plus de 10 km/h. J’y crois dur comme fer de pouvoir atteindre 250 km même si je sais que faire 122 km lors des 12 dernières heures ne sera pas facile. Aux 15h, j’ai dit que j’en avais marre, car je vois que je ne tourne plus assez vite et j’ai vraiment faim. Je questionne Julia pour savoir qu’est-ce qu’il y a à manger ou à boire au stand officiel. Ils n’y a ni bouillon ni soupe qui me feraient plaisir. Mais il faut que je mange, absolument.
Comme j’ai tout vomi et que je ne peux plus voir de gel en peinture et les avaler, je commence à avoir faim. Julia me prépare des tucs broyés et mélangés dans du liquide chaud, pour en faire une soupe consistante. Je goûte, c’est bon, je bois tout… et ressort tout illico. Mon estomac ne supporte rien. J’ai la tête plongée dans une poubelle. Ils en ont mis tous les 10 m dans la zone de ravitaillement et des cornets plastiques tout le long du parcours. Peurs qu’ils ont que l’on vomisse sur la piste, avec raison…. Je repars le ventre encore plus vide et suis bien obligé de me contenter de coca, de thé sucré et d’iso. Le manque de consistant et de calories se fait sentir et mon tempo s’amenuise. Il ne m’est plus possible de tenir mon rythme dans ces conditions. Vu que j’ai le ventre vide, je ne vais plus aux wc mais je perds davantage de temps avec mon allure de 8 km/h environ, plutôt que de m’arrêter de temps à autre aux wc et de maintenir un rythme de 10 km/h.
Je goûte un peu de purée de pomme de terre en soupe, puis plus tard du porridge chaud. Mais ce sont des petites quantités et cela arrive trop tard. Je me concentre alors sur la victoire et me renseigne sur mes poursuivants.
Mon avance varie de 7km à 10 km puis redescend à 6 km pour remonter à la dernière heure à 7.5km sur le second. Toutefois, ce n’est qu’aux 23h20 de course que je suis vraiment tranquille. Même si je m’arrête, je sais que je garderai mon 1er rang. Il n’est plus possible que l’on me rattrape.

Julia m’a très bien ravitaillé. Elle a bien vu que le coca me devenait quasiment indispensable. Tous les 3 tours, elle me proposait une petite bouteille que je lui rendais le tour d’après. A ce moment là, elle me donnait une lavette fraîche et bien mouillée pour me laver du sucre collant du coca et je me serrais la lavette dans les cheveux pour me rafraîchir et garder la température corporelle sans surchauffe. Je n’aime pas avoir les doigts qui collent quand je cours. Elle m’a bien encouragée lorsque j’étais au plus mal et m’a dit de crocher. Un œil avisé et connaisseur est le bienvenu et il faut rester concentré. Julia m’a aidé à le rester quand j’ai eu quelques doutes, avant les 9 heures.

Sur le moment, j’étais très content de gagner la course car j’ai dû lutter en étant malade de l’estomac. La semaine qui a suivi, j’ai eu aussi un peu de déception car faire 230 km ainsi montre que j’étais bien préparé. Donc que je n’étais pas loin de réussir, mais il ne faut pas avoir de problème majeur, à plus de 240 km et viser 250 km, il faut que tout joue quasiment bien. C’est pourquoi sans les problèmes de Séoul, j’y serais déjà arrivé là-bas.

Il me faudra sans doute consacrer une fois une course pour tester de nouveaux ravitaillements, peut-être plus à base de riz bien cuit, de boulgour comme à Bâle en 2007 ou de porridge qui avait l’air de bien passé à la fin à Espoo.
Mon prochain défi sur un 24h sera de courir sans être souffrant de l’estomac et de courir le mieux possible. Ce sera aussi la garantie que j’aurai de nouveau du plaisir, car à Espoo, j’ai eu de sérieux doutes jusqu’aux 9h, à savoir si c’était raisonnable de souffrir ainsi. Ensuite, je n’ai plus trop souffert, même si cela m’embêtait un peu à la fin de ne courir qu’à 8km/h, mais c’était plaisant, cela tournait régul, je n’avais plus d’idées négatives.

Avec Juha Hietanien 2ème et Dimitris Koulakiotis 3ème et Edith Bercès 1ère
Je me répète peut-être, mais le ravitaillement et la capacité de l’estomac à accepter plus ou moins bien des aliments reste primordial sur 24h. Même sur des entraînements de 7 ou 8h, si on teste des gels ou autres aliments, il n’est pas dit que cela passe sur des courses plus longues que ça.
Si j’arrive à passer une fois un 24h sans ennuis et que ma préparation sera plus ou moins identique, alors j’ai l’espoir d’atteindre les 250 km ou de m’en approcher de nouveau de très près. Je les ai frôlé à Séoul avec des ennuis sur les premières 8h !
L’espoir me motive et reste mon principal moteur ! Je ne baisse pas les bras !
