Championnat du monde et d’Europe 2010 de 24h de Brive-la-Gaillarde

De jeudi 13 mai 10h à vendredi 14 mai 2010 10h, à eu lieu les Championnats du monde et d’Europe des 24h. Parti sur un rythme à peine plus élevé que souhaité, à 11,3 km/h au lieu de 11, je me sentais bien.

Le départ a été très rapide pour beaucoup de concurrents, même trop rapide puisque certains se trouvant dans les 10 au début finissent assez loin. Pour ma part, je suis remonté de la 80ème place environ, ma plus mauvaise, à la 26ème au fil des heures. J'espérais franchir la barre des 240 km, et plus si tout fonctionne. 32 nations avec 234 coureurs étaient présents.

J'ai essayé de me ravitailler principalement avec du liquide mais j'ai vu rapidement que ça n'irait pas. J'ai donc mangé 3 barres énergétiques et quelques gels durant les 12 premières heures. A la longue, cela écoeure et je n'arrivais plus à me ravitailler. Aux 14h, j'ai commencé à faiblir et à 14h45 de course, les jambes dures, sans force, je me suis arrêté pour une pause. J'ai pensé arrêter mais mon ami Daniel Dalphin qui me coachait et ravitaillait à réussi à trouver les bons mots pour me remotiver et me relancer, tout en me disant de manger de la purée de pommes-de-terre, du riz ou des pâtes du ravitaillement officiel.

J'ai mangé alors un gobelet de riz basmati, à mon goût pas assez salé. J’ai dû me forcer de le manger, il était un peu sec. Puis, j’ai pris 3 ou 4 fois une assiette de purée de pommes-de-terre, espacée d’une heure trente environ à 2h. Cela m'a permis de mieux accepter un gel entre-deux et de me redonner de l'énergie. Je finis les dernières heures assez bien.

Depuis que je fais du 24h, j’ai souvent un gros coup de fatigue après 7h de temps, cela n’a pas manqué cette fois aussi, je me demande vraiment pourquoi. J’ai l’impression que mes yeux sont enfoncés dans leurs orbites, que mes paupières pèsent des tonnes, je me sens presque déprimé, c’est une sensation très désagréable, même si mon rythme ne s’en ressent pas spécialement. Cela dure environ 1 h de temps puis cet état s’évapore, je ne sais pas comment ni pourquoi ?

Revenons aux 14h de temps : ça recommence avec un gros coup de fatigue et le rythme qui chute. Le moral flanche un peu, je me demande ce que je fais là à tourner en rond. Là, je pense que c’est dû que je n’ai pas mangé les dernières heures, étant écoeuré du sucré. Bien que j’en sois conscient, je n’ai pas trop envie de manger. Je ne ressens pas la faim. Les quelques Tucs salés avalés par 3, par 4 fois n’ont pas suffit à éviter l’écoeurement du sucré. Mais mon arrêt vers Daniel et ses bonnes paroles vont agir sur moi favorablement. Du fait d’entendre que je DOIS manger, je vais prendre le temps de m’arrêter au stand officiel et commander riz et ensuite purée. Parfois, un gobelet de thé chaud non-sucré m’aide à avaler un gel.

Dès que je repars après 10 minutes de cet unique arrêt salvateur vers Daniel, ma détermination est de nouveau bien établie à courir, à donner le meilleur de moi-même. Je ne doute plus. C’est parfois étrange comme la motivation fluctue sur l’ultra. J’ai aussi pensé qu’il ne me restait plus que 10h, soit une étape de TransEurope en étant crevé, mais là, je ne suis plus crevé, j’ai de nouveau de l’énergie, donc je me dis que si j’ai pu finir ces étapes de galère à la TransEurope, je suis maintenant capable, en comparaison, de finir ces 10 heures restantes assez agréablement.

Je me mets à chercher Julia sur le parcours. De la 14ème à la 17ème ou 18ème heure, je ne vais pas la voir une seule fois, bien que le parcours se longe sur lui-même sur plus de 200 m. Je pense qu’on tournait à la même vitesse et qu’on se trouvait sur des portions de parcours qui faisaient qu’on ne pouvait se voir. Je n’ose demander ni à Maryse, ni à Daniel, ni au team Allemand ou à quiconque, où elle est. J’ai eu peur qu’elle ait arrêté et que pour ne pas me décourager, chacun garde le silence de me dire où elle était ? Retournée à l’hôtel ? Je me dis qu’elle a décidé d’arrêter ces 24h, qu’elle se consacre désormais plus qu’aux trails.

Puis, qu’elle n’est pas ma joie de la revoir courir, une cinquantaine de mètres devant moi, dans la zone du ravitaillement. Je ne vais pas la rattraper, car je perds parfois du temps avec mon arrêt au stand officiel pour de la purée de pdt et un arrêt aux wc après 20h de temps. C’est Julia qui me rattrape. La nuit tire à sa fin, on redevient plus présent, les rêveries et autres extrapolations prennent fin avec les ombres qui disparaissent. On ressent le jour avant qu’il n’apparaisse, puis il se fait désirer, la nuit s’accrochant trop longuement à mon goût.

Avec la météo à 8 degré la journée et à 1-2 degré la nuit, jusqu'aux 8h du matin glacial, on brûle aussi de l'énergie pour se réchauffer. L'air froid me glaçait lors de l'inspiration jusque dans les bronches. C'était aussi assez humide avec les vapeurs de la rivière Corrèze, qu'on longeait sur quelques centaines de mètres. Petite bosse sur le parcours très tournant. On s'éloigne donc parfois de la ligne idéale pour dépasser des coureurs. Avec le froid, je suis parti en long et t-shirt mais ai rajouté un pull en fin d'après-midi ainsi que les gants.

Aux 18h20 de course environ, je rattrape Florian Reus, un coureur Allemand que je connais. Je lui demande où il en est et me dit qu’aux 18h, il en était à 180 km. Il me dit que c’est sur le tableau d’affichage. Je n’avais pas encore remarqué que les kms étaient indiqués !!! Dès ce moment, je me mets un peu à calculer, mais je sous-estime ma vitesse. J’ai 3 km de plus que lui. Je pense que je vais juste faire 230km, si je ne faiblis pas. Mais c’est mal estimé, puisque je vais faire presque 238 km, donc il m’a manqué peu de chose pour les 240 km. Peut-être parfois quelques indications précises et des coups de pied au c… symboliques. A méditer pour la prochaine fois ! J’aurais pu donner un peu plus, les jours suivants mon 24h me le confirmeront. Pas spécialement fatigué et capable de faire 2 compétitions, la première sur 9.9 km avec 280 m de dénivellé 5 jours après et des sensations assez bonnes. Le départ de ce 10 km, 5ème étape du Tour du Canton de Neuchâtel est trop rapide pour moi, mais je remonte ensuite toute la course, à la montée comme à la descente et finis à une pas si mauvaise 7ème place de ma catégorie. La 2ème compétition, le dimanche 9 jours après, Le Trail de la Vallée de Joux de 44 km avec 2000 m de dénivellé, avec victoire dans ma catégorie montre que j’ai du jus pour plus de 40 minutes… ! Content mais davantage frustré pour mon 24h !

Julia prend le départ des 24h à 9.6 km/h, et finit la dernière heure à 10 km/h. Elle remonte de la 207ème place à la 35ème au général et de la 62ème à la 3ème du Championnat du monde et du Championnat d'Europe féminin. Spécialement chez les femmes, les positions du début n'ont pas donné le podium. Elle est double médaillée de bronze !!! Admirablement coachée et ravitaillée par Maryse Dalphin, la femme de Daniel, Julia a été une vraie horloge du début à la fin. Elle court son meilleur kilométrage horaire lors de la dernière heure et court 2 tranches de 12h quasi pareille, à 500 m près !

Julia me rattrape encore une fois alors qu’il ne reste plus que quelques minutes. Nous sommes environ 200 m avant le passage de contrôle. Nous accélérons, Julia court si penchée en avant que je me demande si elle ne va pas finir à quatre pattes. Elle risque de s’encoubler en devançant des coureurs que l’on rattrape dans une grosse courbe, en faisant tout l’extérieur, alors que je lui proposait l’intérieur en cédant ma place. On entend la première sonnerie dans le parc, on essaie encore d’accélérer et on finit ensemble, à la marque des 600m. Je suis plus ému qu’elle à ce moment de son résultat. C’est fantastique, je jubile, je chiale un peu, je crie pour elle, je la félicite, elle est un peu groggy et ne réalise pas vraiment à mon avis.

Sur les dernières heures de course, je cours avec mon ami français Thierry Douriez, déjà présent à Séoul. Lui demandant où il en est, il dit qu’il se contente de courir. Comme il me dépasse, je me méfie alors et je force l’allure pour le rattraper. Il s’arrête à son stand, je m’arrête un peu plus loin au stand officiel et le laisse passer devant moi pour voir apparaître sur l’écran d’affichage, ses kms et sa position. Il est derrière moi, mais j’ai pas pu voir de combien de tours, 1 ou 2 ? A mon ami Daniel, au passage vers mon stand lors du tour suivant, je lui demande où en est précisément Thierry. Il est à côté de moi et on rigole un peu… Je saurai que j’ai 2 tours d’avance. On se dit que la fin va être intéressante entre nous deux mais Thierry me dit qu’il est fatigué. Qui ne l’est pas ? Finalement, je lui reprends encore un tiers de tour sur la dernière heure. Parfois, cela fait du bien de s’accrocher à quelqu’un. Cela redonne un rythme plus élevé. Merci Thierry de m’avoir un peu secoué.

Anne-Cécile Fontaine, Championne du Monde et d’Europe avec plus de 239 km et 1 rang devant moi. Elle a répondu présente pour la 3ème fois de suite au top niveau mondial, 1 x 2ème à Séoul, 2x1ère (Bergame et Brive) à un Championnat du monde, quelle classe !

Epreuve très bien organisée, avant et pendant la course, super ambiance, bénévoles très dévoués et sympathiques. Me cassant une molaire mardi soir, ils m'ont trouvé un dentiste et m'y ont conduit mercredi matin. Une demi-dent est restée à Brive. Malgré mon coup de bambou de la 14ème heure, durant laquelle je ne cours que 7.5km, je me reprend bien ensuite mais la nuit a été cruelle et c'est souvent là que la décision se fait. Je suis mitigé entre déçu mais tout de même content, car j'aurais voulu faire plus de 240 km et avoir une meilleure place mais le niveau était assez exceptionnel. Ma satisfaction vient du fait que j’ai réussi à me reprendre, à retrouver une motivation, surtout à passer cette crise, ce manque d’énergie, en changeant d’alimentation durant la course. Toujours se remettre en question et être prêt à changer, à innover si le plan prévu ne fonctionne pas, même si ce plan a déjà fonctionné par le passé. L’estomac est souvent le point faible du coureur d’ultra.

J'ai couru avec les New-balance 904 durant 11h30 puis avec la 1064 plus amortissante. Pas de problème particulier aux muscles ni aux articulations.

Sur le chemin du retour, le samedi, un peu après Meximieux sur l’autoroute Lyon-Genève, notre Tom-Tom nous indique qu’il reste 230 km jusqu’à Noiraigue. Cela me paraît vraiment long…pour une journée de course. On ne s’en rend pas vraiment compte quand on tourne en rond sur un circuit. C’est la distance que Julia a parcouru à Brive.

Footing avec les copains dimanche matin, sur 10 km, à Môtiers dans ma commune du Val-de-Travers J'étais étonné de pouvoir courir si bien. Aussi content de montrer la veste USA échangée contre ma veste de training SUISSE. Je vais me faire gronder par ma fédé…. L'an prochain, les CdM auront lieu à Brugg en Suisse. www.24stundenlauf.ch, je prends note, je vais tâcher de faire mieux. Il faudra surtout améliorer ma capacité à manger. Avec ça, le moral ne flanche pas, on peut mieux rester à son rythme et vivre sa course, au lieu de la subir quand ça va mal. Deux heures avec un fléchissement et c’est la marque des 240 km qui s’envole. Même si ce n’est pas honteux de faire 237.781 km et 25ème H à un championnat du monde !

Terminé le 27 mai 2010